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La transition dans tous ses états

Cartographie des projets du Labex ITTEM réalisée sur l’outil collaboratif Klaxoon dans le cadre du séminaire consacré à la transition

Le 8 avril 2021, la communauté des chercheuses et chercheurs du Labex ITTEM s’est penchée sur la notion de “transition”, se pliant au jeu de l’introspection pour en définir les contours au prisme de ses propres travaux. Une tâche aussi ardue qu’indispensable à l’heure où le concept fuse de toutes parts.

La transition est partout : travaux de recherche, discours politiques, publications institutionnelles, initiatives citoyennes… D’abord militante, elle a gagné la sphère politique, supplantant le concept de développement durable qui a fait long feu. Elle suggère, au départ, une transformation sociétale en profondeur pour faire face aux défis globaux. Mais si beaucoup s’en revendiquent, de quoi la transition est-elle vraiment le nom ? Qu’en dit la littérature scientifique foisonnante sur le sujet ?

S’inspirant de leurs travaux dans leurs disciplines respectives, la trentaine de chercheurs en sciences humaines et sociales du Labex ITTEM ont tenté d’en cerner les diverses acceptions. En revenant d’abord – avec la présentation de Kirsten Koop (Pacte) et de Carine Pachoud (post-doctorante au Labex) – sur quatre grandes approches conceptuelles par lesquelles les scientifiques abordent la question de la transition. Histoire de bien comprendre de quoi l’on parle.

La transition, en théorie

  1. L’approche « socio-technique », au départ la plus conventionnelle et qui demeure dominante, permet d’envisager la transition sous l’angle des innovations technologiques, par exemple le passage de l’exploitation de la neige naturelle en stations à l’usage de la neige artificielle. Ou, dans le cadre de la transition énergétique, le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables nécessitant le recours à d’autres ressources.
  2. L’approche « socio-écologique » de la transition s’intéresse aux conséquences engendrées par la transformation des interactions entre l’humain et son environnement. Par exemple, sur la manière dont l’évolution des pratiques pastorales peut permettre de s’adapter aux aléas climatiques.
  3. Depuis les années 2000, l’approche « socio-institutionnelle » consiste à penser la transition en termes de politiques publiques. Dans cette perspective dite de « gestion de la transition » (transition management), des scénarios de transition sont expérimentés grâce à la coopération d’acteurs divers. C’est le cas lorsque des collectivités territoriales coopèrent avec des chercheurs et acteurs des territoires sur la question de la transition des stations de ski, ou que s’opère la mise en place d’une AOP sur un fromage de montagne.
  4. Plus récemment, une autre approche de la transition consiste à s’intéresser aux initiatives directement issues de la société civile ou « innovations sociales », notamment si les politiques publiques ou les entreprises ne répondent pas à ses attentes. Par exemple, un collectif de citoyens qui met en place un marché de producteurs pour pallier une offre de produits bio ou locaux.

Et dans les faits ?

A la suite de cette présentation, Emmanuelle George (Lessem) – dont les travaux portent sur le tourisme de montagne – a présenté la manière dont ses recherches sur les stations de ski (voir projet Tandem), confrontées à la nécessité d’une adaptation au vu du tournant climatique, s’inscrivent à la lumière de ces différentes approches. Dans les faits, plusieurs d’entre elles sont convoquées, comme l’illustrent les exemples suivants : apport de la neige de culture (approche socio-technique) ; accompagnement des collectivités sur les questions de gouvernance et de diversification (approche socio-institutionnelle) ; diversification touristique et mise en valeur des atouts environnementaux (approche socio-écologique).

L’ensemble des participants s’est ensuite livré à l’exercice, via un outil informatique collaboratif, situant leurs travaux de recherches selon ces approches. La cartographie qui en ressort montre que les recherches empruntent souvent à plusieurs approches théoriques, et que l’approche par l’innovation sociale – pourtant peu conventionnelle – semble prédominer au sein du Labex ITTEM. Bien que non cloisonnées, ces approches ont le mérite de donner une grille de lecture pour appréhender les transitions.

Et maintenant ?

Cette journée de réflexion et d’échanges était la première étape d’une série de trois séminaires consacrés à la transition. Elle aura permis de poser les bases pour en développer une vision partagée. D’ici fin juin, les membres du Labex se retrouveront pour discuter plus concrètement des méthodes participatives et des formes de collaboration avec les acteurs de terrain mises en œuvre au sein de leurs projets respectifs. La question des transitions dans les territoires de montagne est au cœur du programme du Labex ITTEM.