Sciences et société
Frontière : quand les géographes exposent leurs terrains
© Cristina Del Biaggio
La cité des Sciences et de l’Industrie de La Villette à Paris accueille l’exposition Frontière jusqu’au 2 janvier 2028. Imaginée à partir des travaux de géographes, dont ceux d’Anne-Laure Amilhat Szary et Cristina Del Biaggio du laboratoire Pacte, elle donne à voir différentes zones frontalières dans le monde. Un espace, dédié à l’Europe, en raconte deux visages bien différents.
Même tracées comme une ligne imaginaire séparant les deux versants d’une montagne ou passant au milieu de la mer, les frontières n’ont rien d’abstrait. Construites à partir de négociations politiques ou résultant de rapports de force, elles ne sont jamais naturelles, car leur tracé découle de choix. Elles impactent nos sociétés et incarnent des histoires vécues.
Conçue en partenariat avec le laboratoire de Sciences sociales Pacte et l’Université Grenoble Alpes, l’exposition éclaire les travaux de recherche et le terrain d’étude des géographes sur la question des frontières, en leur portant un regard critique. Elle est organisée en une dizaine d’îlots thématiques sur différentes zones frontalières dans le monde, dont l’un qui présente les deux visages de l’Europe.
Côté clair, l’Europe incarne la coopération transfrontalière, promue notamment dans le cadre de la construction de l’Union, les échanges de ressources, le partage de richesses et de cultures, la création d’une zone de paix… Et puis, il y a l’autre côté, qui raconte une histoire plus sombre, comme le tri des personnes et une Europe qui tue à ses portes celles et ceux qu’elle considère indésirables. Ce versant sombre est matérialisé par le défilé sur une stèle de la liste des 66 519 personnes mortes en tentant de rejoindre l’Europe entre 1993 et 2026, et recensées par l’association United for intercultural action.
Parmi ces personnes, il y a Blessing Matthew, jeune Nigériane décédée dans la région transfrontalière du Briançonnais, et dont le corps sans vie a été retrouvé dans la rivière de la Durance le 9 mai 2018. Son histoire a fait l’objet des travaux de recherche de Cristina Del Biaggio et Sarah Bachellerie, notamment par le biais d’une contre-enquête qui reconstruit les circonstances de sa mort. La recherche a été conduite au sein de l’association Border Forensics avec l’association Toutes et Tous Migrants, et racontée dans une vidéo dans laquelle un témoin oculaire, compagnon de route de Blessing Matthew, raconte la succession des événements qui ont mené à la mort de la jeune femme. L’exposition met en scène ce récit, à travers des cartes et des images extraites du film, mais aussi des objets qui évoquent la trajectoire de la jeune femme et de celle des objets qui ont été (ou pas) pris en compte dans l’enquête officielle. La contre-enquête citoyenne a permis de dévoiler la vérité sur ce qui s’est passé à La Vachette, contrairement à l’enquête officielle qui s’est conclue par un non-lieu.
Plus d’information sur l’exposition sur le site de la Cité des sciences et de l’industrie, ouverte jusqu’au 2 janvier 2028.
Revoir le podcast de l’intervention de Cristina Del Biaggio, Le cri de Blessing Matthew. Enquête sur les morts des frontières, dans le cycle de conférences Avenue centrale proposée par la Maison des sciences humaines – Alpes.
© Photos : Universciences /F. Jellaoui ; Philippe Rekacewicz

